Editorial et sommaire :
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EDITO :
Yémen, al-Yaman, Yamanat : un toponyme aux acceptions variables qui désigne, dès les temps préislamiques, un territoire et une souveraineté. La réalité qu’il
recouvre ne saurait se réduire à cette seule équation. La région fut et reste parcourue de contrastes et d’artifices. Les contrastes sont les fruits d’un relief qui morcelle, enclave et isole ;
d’une modernisation qui oppose de rares pôles urbains dilatés à une société très largement rurale. Les artifices sont ceux d’un tracé frontalier, fluctuant au gré de l’histoire et longtemps
insignifiant pour les populations mobiles des confins, désormais chargé de circonscrire nettement le cadre d’une identité nationale recomposée depuis l’unification de 1990. Ces contrastes et
artifices forcent l’émergence d’une population de migrants. Quittant leurs terroirs, leurs tribus, leurs sphères linguistiques pour se fondre dans la population des grandes villes ; partis dans
les pays voisins profiter de la manne pétrolière ; confrontés à l’altérité. Dans ces rapports nouveaux, les identités sont redéfinies, les héritages culturels sont revendiqués et disputés, les
particularismes s’affirment ou s’effacent. Dans un premier volet de ce numéro, les fondements historiques des identités culturelles, politiques et religieuses sont abordés depuis la protohistoire
jusqu’aux époques modernes et contemporaines. Le poids des régionalismes y nuance l’historicité d’une unité territoriale plus souvent rêvée que réalisée. Le second volet met en relief ces
dynamiques identitaires qui parcourent les populations du Yémen contemporain, à travers des approches micro-scalaires : représentation, insertion et redéfinition des espaces urbains (al-Hudayyda,
San‘â’, Ta‘izz), et macro-scalaires : processus de convergences et de résistances religieuses et linguistiques, quête d’une légitimité à revendiquer un héritage culturel au sein de populations
émigrées dans les pays du Golfe. Autant d’approches que la diversité des disciplines et des études de cas proposées mettent en exergue.
RESUME DE L'ARTICLE : L'article tente de mettre en perspective les différences entre la vieille ville de Sanaa et sa périphérie face à l'évolution et à la construction des identités urbaines. À partir d'une analyse des pratiques et des discours de citadins, il est possible d'identifier des dissemblances entre ces deux ensembles urbains. Dans la vieille ville, on observe une tendance à la dislocation de la citadinité traditionnelle sous le poids de l'intrusion de nombreux signes extérieurs. En périphérie, en revanche, se profile une tendance à l'émergence d'une identité plurielle, qui se manifeste aussi bien dans la reproduction de dispositifs socio-spatiaux “traditionnels” que dans l'émergence de lieux d'inspiration exogène telles les nouvelles formes de commerce et de loisir. Mais, au-delà de cette distinction vieille ville/périphérie, l'étalement urbain, la fragmentation spatiale et la modernisation ont généré bon nombre de micro-territoires urbains et une démultiplication proportionnelle des identités urbaines. Dans ce contexte, les espaces portiers de Sanaa apparaissent comme des lieux d'articulation et d'agrégation privilégiés des différentes formes d'identité.